La laïcité : une valeur encore à défendre

C’est aujourd’hui en France le cent-dixième anniversaire de la Loi de Séparation des Églises et de l’État.

Ce pays est réputé pour être l’un des plus respectueux de la neutralité religieuse.

Mais l’État français est-il réellement anticlérical? Pas autant que l’on voudrait nous faire croire.

1/ UN RÉGIME PAS SI LAÏC

Bafouant la loi de 1905, le concordat en vigueur en Alsace et en Moselle inclue l’utilisation des finances publiques pour subventionner les cultes. Et encore au XXIème siècle, un délit de blasphème y prévoit dans le droit des peines d’amende pour usage de sa liberté d’expression.

L’influence de la religion dans la vie politique se constate aussi hors de ces régions.

Les établissements scolaires confessionnels sont reconnus par l’État, parfois financés par le contribuable sous prétexte qu’elles sont « sous contrat », sans qu’ils ne soient obligés d’appliquer les principes de neutralité de l’enseignement.

Le financement public des édifices religieux est également monnaie courante  dans ce pays comme dans les autres.

Jean-Pierre Chevènement, pourtant réputé laïcard convaincu, a été l’un des premiers déclencheur de l’implication des institutions étatiques dans la création du Conseil Français du Culte Musulman, une association purement religieuse.

Les horaires séparés pour les femmes et les hommes dans les piscines municipales constituent également du pain béni pour les fondamentalistes.

La société Air France impose aux hôtesses, dans ses vols en provenance et à destination de l’Iran, le port du voile. Face à cette oppression effectuée par le groupe, la justice française n’a jamais réagi.

Au nom de prétendues lois sacrées, sont également admis le choix du sexe du praticien dans les hôpitaux et cliniques, ainsi que d’autres formes de transgression de la laïcité.

2/ UNE CLASSE POLITIQUE QUI SERT LA SOUPE AUX INTÉGRISTES

À gauche comme à droite, on entend beaucoup de femmes et hommes politiques faire la cour aux obscurantistes religieux.

Patrick Binder, tête de liste du FN pour la région alsacienne en 2010, s’est prononcé pour l’extension du régime clérical local à l’ensemble du territoire national. Beaucoup de cadres du parti l’ont approuvé.

Tout en s’autoproclamant républicaine, Christine Boutin a plusieurs fois réclamé que soient inscrites dans les textes de lois les prétendues « racines chrétiennes » de l’Europe.

Durant les élections régionales de 2010, la campagne en Alsace a vu plusieurs candidats préconiser l’instauration de cours obligatoires de religion islamique dans les écoles primaires et secondaires. Cette proposition émise par le MoDem, et contraire aux principes laïcs, a même été reprise par le candidat tête de liste du Front de Gauche, qui a été, fort heureusement, critiqué par le PCF et le PG.

Marine Le-Pen avait déclaré que l’État français était laïc car chrétien. C’est une absurdité d’une part parce que quand un État a une valeur, et en l’occurrence un ou plusieurs cultes, il les impose par définition à ses peuples, ce qui fait qu’il n’est pas laïc, et d’autre part parce que l’évidence selon laquelle toutes les religions sont à mettre dans le même sac est niée.

C’est un premier représentant de la « république laïque » qui avait un jour déclaré au palais de Latran qu’un professeur ne pourrait jamais remplacer un prêtre. Je pense au contraire que le moins expérimenté des enseignants apportera bien plus de savoirs que des millions de curés, d’imams, de pasteurs, de rabbins, ou de n’importe quelles autres responsables religieux, réunis.

L’actuel chef de l’État ne s’est pas mieux comporté que son prédécesseur, quand, expliquant la raison de son soutien au statut concordataire alsacien, il faisait l’éloge de cet accord entre le clergé et les bonapartistes qui a enclenché plus d’une décennie de dictature sanglante.

3/ THÉOCRATIE : DOCTRINE TOTALITAIRE PAR ESSENCE

Marx avait vu juste quand il écrivait que la religion était l’opium du peuple, cette dernière incitant les opprimés à suspendre leur sort à des forces surnaturelles et fictives plutôt qu’à la lutte de front.

Il serait bien sûr inacceptable, car contraire à la liberté de penser, d’interdire les religions. Mais le fait qu’elles protègent ce système d’exploitation d’êtres humains rend indispensable leur exclusion dans les prises de décisions publiques.

Une démocratie réellement respectueuse des libertés ne peut se faire que par une véritable laïcité, c’est à dire une société dont les lois sont corrélées au seul ordre public sans tenir compte de l’existence des cultes.

La dictature théiste exercée sur des lois imposées à tous est une réalité, à degré plus ou moins fort, dans toutes les régions du monde, y compris en France. La lutte contre la participation de ce qui est religieux au pouvoir politique reste donc d’actualité.

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